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Comme vous me voyez là, je m’apprête à pousser un énorme coup de gueule. Contre les fruits et légumes d’été. Ou plutôt contre les exploitants, les intermédiaires, les grandes surfaces et les acheteurs qui trouvent tout à fait normal de trouver melons, fraises, cerises et autres fruits de saison, sur les étals en plein mois de janvier. Et bien mesdames et messieurs, non, ce n’est pas normal.

Un melon, ça pousse en été, rien qu’en été, et c’est ça qui est bien. C’est ça qui donne sa saveur à l’été. Quand on mange un quartier de melon en été, même à Paris un jour de pluie, on se sent envahi par le soleil, le bien-être et le chant des cigales. Certes, je comprends qu’on puisse avoir envie de grappiller un peu de cette délicieuse sensation en plein cœur de l’hiver. Mais quelle saveur aura l’été ? et quelle saveur a le melon ? Déjà qu’en début de saison, les fraises ont le goût et la consistance de la pastèque, je vous laisse imaginer le goût du melon en plein hiver…
Prenons le foie gras (aux griottes, pour ceux qui suivent), c’est un met d’exception et on n’en mange que pendant les fêtes. C’est aussi ça les fêtes, se réjouir à l’avance du bon foie gras que l’on va déguster, auquel on va penser pendant 11mois et demi et se demander si ce sont des griottes ou des figues que l’on va mettre dedans, le faire avec amour et le manger avec délice. Si on en mange toute l’année, quelle saveur auront les fêtes ? Et on fera quoi, on mangera du poulet ?

Un melon, c’est également les marchés pendant les chaudes matinées, où les primeurs rivalisent d’imagination pour vendre leur production. « 3 melons : 10 francs ! » scandé sans cesse, ça fait son effet. Surtout quand on nous invite à la dégustation. Pour 1,5 euros les 3 melons, on achète aussi un peu de spectacle. L’humour d’un côté, les prix bas de l’autre.
-       Alors vous m’en mettrez un pour ce midi, un pour demain soir et un pour dans quelques jours.
-       Bien sur ma p’tite dame. Regardez comme y sont beaux mes melons.

Melons et fierté du producteur sont mis dans un petit sachet en papier kraft et on rentre chez soi avec l’envie de dévorer les melons. Évidemment, on se trompera dans l’ordre où il faut les manger, mais peut importe, c’est l’été, c’est les vacances. Le premier melon est aussi une étape importante dans l’année. Tu en as déjà mangé toi cette année ? Oohhh t’as de la chance… il était bon ?
On l’attend ce premier melon, on en profite même parfois pour faire un vœux.

Les melons importés, c’est aussi, et surtout, un désastre écologique (sinon, il n’y aurait pas tant de problèmes à en consommer toute l’année). Entre les divers emballages, les chambres froides pour supporter le transport, le kérosène ou le fioul des bateaux, votre petit melon pèse des tonnes de déchets et de CO2 rejetés dans l’atmosphère. Si il ressemblait à la pollution qu’il cause, il vous ferait certainement un peu moins envie. Et comme, jusqu’à preuve du contraire, on est coincé sur cette terre pendant encore quelques temps, autant la chouchouter. On nous rebat les oreilles de gestes écocitoyens plus ou moins compliqués à mettre en œuvre. Là, vous avez la possibilité de faire quelque chose de formidable, en ne faisant rien. En n’achetant pas, vous sauvez un peu la planète et en plus vous faites des économies. Elle est pas belle la vie ? Certains diront qu’une fois qu’ils sont là, autant les manger. Bah non. Ca créé de la demande. Ca créé de la commande de melons à l’importation. Ca créé de la pollution. Dans un monde où le principe de l’offre et de la demande prévalent souvent sur le bon sens et sur l’écologie, autant éviter de d'encourager ce genre de pratiques.

Ca peut vous paraître vieux jeu, mais à mon avis, l’ordre naturel des choses permet de se délecter tout au long de l’année des différents mets que dame Nature nous offre. Parce que déjà qu’il n’y a plus de saisons ma bonne dame, autant arrêter nos bêtises avant que ce soit trop tard et qu’il ne soit même plus possible de manger des melons en été…