14 septembre 2009
Madame Bovary et moi
Madame Bovary et moi avions fait connaissance il y a quelques temps, nous avions bien sympathisé. J’avais donc décidé de les emmener en vacances, elle et son père Gustave Flaubert.
Emma Bovary est une jeune femme charmante, rêveuse, qui s’abreuve de romans d’amour dans sa campagne natale. Elle a rencontré un jeune médecin qui est tombé follement amoureux d’elle. Il faut dire qu’Emma est d’une grande beauté et son élégance naturelle en fait une personne hors du commun, surtout en pleine campagne normande. Son mari est très gentil mais franchement, il ne fait pas l’affaire. Elle s’en rend compte rapidement et réalise que sa vie va être médiocre, sans éclat, sans paillettes. Elle qui rêve tant de mener la grande vie à Rouen ou à Paris ! Du coup, Emma n’est pas ce qu’on pourrait appeler une femme heureuse. Elle va de déceptions en déceptions, la tristesse s’installe, les amants lui font plus de mal que de bien... Elle se débat pour ne pas couler sous cette petite vie qui l’étouffe mais rien n’y fait, elle avance inexorablement vers sa triste fin.
Il y a plus joyeux pour une lecture estivale, me direz-vous. Certes. Et pourtant, l’emporter avec moi en vacances m’a permis d’avoir plus de temps pour apprécier chaque phrase du roman, car l’écriture de Flaubert est réellement sublime. Les dialogues ont pris un coup de vieux, mais l’ensemble du roman est d’une grande modernité. Pour beaucoup, ce roman doit rappeler les bancs de l’école, les fiches de lecture, la peur de la mauvaise note. Ceux-là ont certainement trouvé le livre long, pas toujours intéressant et l’écriture ampoulée. Pourtant, l’avantage de lire un tel livre de son plein gré, c’est qu’on en apprécie mieux chaque mot, chaque tournure de phrase, chaque subtilité. Flaubert nous régale alors avec son style très maîtrisé. En une tournure de phrase, l’anodin devient terrible, le quotidien devient carcan, l’habitude devient exaspérations. Il décrit avec une justesse incroyable les pensées d’Emma Bovary et sa chute progressive dans un désespoir profond et total.
Alors le temps d’un livre, oubliez vos préjugés et vos angoisses écolières et plongez dans ce livre qui a révolutionné la littérature ! Certes, il n’y a pas de suspense haletant comme dans le Da Vinci Code, certes, l’histoire ne se finit pas en happy end comme dans un Marc Levy. Mais c’est aussi ça qui fait la différence entre un roman de plage et la grande littérature.
Au dos du livre : « C'est l'histoire d'une femme mal mariée, de son médiocre époux, de ses amants égoïstes et vains, de ses rêves, de ses chimères, de sa mort. C'est l'histoire d'une province étroite, dévote et bourgeoise. C'est, aussi, l'histoire du roman français. Rien, dans ce tableau, n'avait de quoi choquer la société du Second Empire. Mais, inexorable comme une tragédie, flamboyant comme un drame, mordant comme une comédie, le livre s'était donné une arme redoutable : le style. Pour ce vrai crime, Flaubert se retrouva en correctionnelle. Aucun roman n'est innocent : celui-là moins qu'un autre. Lire Madame Bovary, au XXIe siècle, c'est affronter le scandale que représente une œuvre aussi sincère qu'impérieuse. Dans chacune de ses phrases, Flaubert a versé une dose de cet arsenic dont Emma Bovary s'empoisonne : c'est un livre offensif, corrosif, dont l'ironie outrage toutes nos valeurs, et la littérature même, qui ne s'en est jamais vraiment remise. »
Un travail incroyable a été réalisé pour scanner toutes les pages des manuscrits de Flaubert. Vous pourrez les feuilleter à cette adresse et admirer le travail d’écriture, de réécriture, de ré ré ré écriture… www.bovary.fr
07 mai 2009
Le coup classique
Après avoir lu « l’amour est une chose étrange » de Joseph Connely, j’ai eu un peu de mal à replonger dans un livre. J’en ai pris plusieurs à la bibliothèque, mais, allez savoir pourquoi, je bloquais. J’avais pourtant emprunté de très bons livres comme « les yeux jaunes du crocodile » dont je n’avais entendu que d’excellentes critiques. Je ne peux pas vous dire si j’ai aimé ou pas, étant donné que je ne l’ai même pas ouvert.
Avec d’autres choses en tête, des journées bien chargées et des soirées qui ne le sont pas moins, difficile de se laisser attraper par une histoire. Heureusement, les vacances sont enfin là. Je n’aurai pas forcément plus de temps pour lire, mais au moins l’esprit un plus tranquille.
En prévision de longues soirées dans des contrées lointaines, je suis allée à la bibliothèque. J’y traîne toujours un long moment avant de me décider. Cette fois, « Le fait du prince » d’Amélie Notomb, m’a quasiment sauté dans les bras.
En cherchant un livre que j’avais déjà emprunté (et que je n’avais pas ouvert, faute de temps), je suis tombée sur le rayon des classiques. En voilà une bonne idée que j’oublie à chaque fois ! Quel plaisir de lire un classique quand c’est hors de la contrainte de l’école ! Quand il n’y a ni fiche de lecture, ni devoirs, ni contrôle, mais juste le plaisir de savourer les mots.
Les classiques, c’est comme le vin : tous ne vieillissent pas bien, mais quand ils ont cette chance, c’est un pur délice. Les mots sont justes, les phrases sont ciselées avec talent, les personnages ont de l’ampleur… Quand la précision, l’imaginaire, la technique et l’artistique sont réunis, c’est une pépite, un bonheur, une démonstration de langue française, une œuvre d’art qui convainc les esprits, générations après générations.
D’une chose à l’autre, je suis tombée sur Madame Bovary, puis sur L’éducation sentimentale, de Flaubert. Aussitôt trouvés, aussitôt empruntés. Je vous en dirai plus bientôt, à mon retour de vacances.
Quand je suis partie, on ne m’arrête plus. Je suis allée à la Fnac et j’ai acheté un livre dont j’avais entendu parler à la télé. Voici en quelques sortes le résumé. « Petite-fille de Louis XV et de PhilippeV d'Espagne, Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763) est une femme exceptionnelle, qui appartient au club très fermé des princesses philosophes. Mariée en 1760 au futur empereur Joseph II, elle séduit toute la famille impériale et tombe elle-même éperdument amoureuse de sa belle-soeur, l'archiduchesse Marie-Christine. Ses lettres et ses petits billets, qui ressemblent aux courriels de notre siècle, révèlent un caractère, des sentiments et une intelligence hors du commun; ils lèvent aussi le voile sur certains secrets de la cour de Vienne »
J’adore ces récits de femmes hors du commun dont l’histoire traverse les siècles. Car les hommes sont mis sur le devant de la scène, mais derrière un homme de qualité, il y a bien souvent une femme d’exception…
Pour en savoir plus, cliquez ici
24 janvier 2009
La littérature est une chose étrange
Au début des vacances, je suis allée faire chauffer ma carte (de bibliothèque). J’avais préparé une liste de livres dont j’avais entendu parler et qui me tentaient bien. Évidemment, les livres n’étaient pas disponibles, hein, s’eut été trop facile. J’ai alors tenté d’expliquer mes goûts à la bibliothécaire à travers les livres ou les auteurs que j’ai aimés. Elle m’a conseillé 2 livres, je les ai pris en me disant qu’on verrait bien.
En commençant le premier livre « Une vie merveilleuse » de Laurie Colwin, je me suis dit qu’il était long à démarrer et franchement pas très intéressant pour le moment. Au fur et à mesure des pages, mon avis restait le même : ce n’était pas intéressant. Et même terminé, ce livre n’était pas intéressant. Mais alors, vraiment pas. C’est de la littérature américaine dans ce qu’elle a de plus terne. Je me risquerai même à une métaphore : c’est du fromage américain. Sans saveur, sans odeur, avec une couleur fadasse… Rien de piquant, pas de retournements, pas de personnage marquant… Ils sont tous beaux, lisses, riches, super intelligents, ils ont tous réussi professionnellement…Ils sont mortellement lisses et ennuyeux. Je l’ai quand même lu jusqu’au bout, au cas où le livre se déciderait à être lui aussi merveilleux (cf le titre) mais non, rien. Ces gens parfaits se mettent en couple. Et puis voilà. N’oubliez pas de mettre la main devant votre bouche quand vous baillez.
Passons à ma seconde lecture, beauuuuuuuucoup plus pertinente. « L’amour est une chose étrange ». Je vous avoue qu’après la daube que je m’étais farcie sous les conseils de la bibliothécaire, j’ai commencé ce livre avec quelques a priori. A priori que Joseph Connely a fait voler en éclats dès les premières pages.
Dans les années 50, une famille anglaise de la banlieue de Londres vit dans la routine des jours qui se suivent et qui se ressemblent. Dans la famille Coyle, chacun a son petit rôle : Clifford, le petit garçon, passe une partie de son temps à collectionner les jouets offerts dans les paquets de céréales (qu’il dit adorer pour que sa mère les achète, mais qu’elle finit par manger elle-même), dans les boîtes de thé etc. L’autre partie de son temps est occupée à jalouser son ami Anthony Hirsh qui a plein de jouets et plein de trucs chouettes parce que son papa est jouif et il ne sait pas ce que c’est comme métier, mais quand il sera grand, il voudra faire jouif pour avoir une jaguar comme le père d’Anthony Hirsh et plein de jouets comme Anthony Hirsh.
Annette, c’est la petite fille, passe la moitié de son temps dans une école religieuse… à maudire les religieuses. L’autre moitié de son temps est accaparée par les punitions qu’elle doit faire pour se faire pardonner de ses mauvaises actions. Parce qu’elle a un peu le diable au corps la petite Annette. Elle navigue en permanence entre sa haine des religieuses et sa peur de l’enfer. Une seule chose de sûre, elle déteste son père.
On la comprend parce qu’Arthur Coyle est un homme franchement peu sympathique. Il passe la moitié de la journée à se faire marcher sur les pieds au travail, puis l’autre moitié de la journée à faire régner la terreur chez lui. Les petites remarques incessantes sont faites dans un style qui se veut emphatique, pour se rendre important, mais le résultat est juste horripilant. Mais la vie d’Arthur se résume-t-elle à cela ?
Gillian, la mère, est un personnage tout en douceur, tout en en gentillesse. Elle, elle passe 100% de son temps à s’occuper des autres, à se sacrifier, à faire les choses que personne ne veut faire. Mais surtout, elle s’emploie à ce que la situation soit supportable pour chaque membre de la famille, et essaie que chacun ne manque de rien malgré l’argent qui ne pousse pas sur les arbres. Pas comme chez les Hirsh qui ont une belle voiture.
Depuis qu’Arthur lui a dit que le bruit des aiguilles à tricoter le gênait, Gillian ne tricote plus, elle fait des puzzles avec son Clifford pendant qu’Annette recopie en cachette ses « Notre Père » dans sa chambre et qu’Arthur fait ses mots croisés.
On passe d’un personnage à l’autre en plongeant dans ses pensées. On découvre leurs vies, leurs envies, leurs subterfuges, leurs peurs, leurs mensonges, leur histoire.
Et puis un beau jour, les Coyle reçoivent leur poste de télévision.
On suit avec un grand plaisir les personnages à 3 étapes cruciales de leurs vies. Ils évoluent, grandissent et l’histoire prend régulièrement une tournure différente. Au détour d’une phrase, d’un mot, tout bascule. Que l’on soit dans la comédie ou le drame, la plume reste pleine d’humour et de tendresse, rendant le livre très agréable à lire.
On s’attache réellement à cette famille, aux personnages, sans jamais tomber ni dans le mièvre, ni dans le pathos, ni dans le comique de bas étage. De la première page à la dernière ligne, ce livre est un pur régal de style, d’humour, de rebondissements, d’intelligence, de finesse… et d’amour. Mais pas de l’amour gnangnan, oh la la non. Ce livre nous montre même toutes les formes d’amour SAUF l’amour gnangnan… Et le titre « l’amour est une chose étrange » n’aurait pas pu être mieux illustré. Malheureusement, je ne peux pas en dire plus sans dévoiler des rebondissements de l’intrigue qui est menée d’une main de maître.
Inutile de vous dire que je vous recommande chaudement ce petit bijou que l’on n’a pas envie de refermer avant de l’avoir fini.
05 juillet 2008
Le régime des paresseuses
Au printemps dernier, en me baladant parmi les livres de grands auteurs, mon regard fut irrépressiblement attiré par ce livre. Mincir sans faire d’effort ? moi je signe ! Alors je l’ai acheté, lu et pas tellement approuvé…
Pour tout vous dire, j’ai été assez déçue par ce livre qui franchement, ne réinvente pas l’eau tiède (avec une rondelle de citron pour détoxifier l’organisme). Je m’attendais à une sorte de solution-miracle et j’étais prête à faire des sacrifices (d’autant plus que le titre semblait dire qu’il n’y en aurait pas trop à faire… Parfait pour les partisans du moindre effort !).
Le livre commence par un démolissage en règle des « régimes miracles ». Toutes les méthodes sont disséquées et présentées de façon effrayante. Par exemple : les régimes sans protéines font perdre beaucoup de poids (yeah) parce qu’ils font perdre du muscle qui est plus lourd que la graisse. Sauf que le cœur est un muscle, que ce régime l’affaiblit et que certaines personnes en sont mortes (moins yeah…). Tout de suite, ça fait relativiser la petite bouée…
Après avoir tout détruit de la sorte, on est prêt à tout avaler. On se dit que pour connaître tant de choses, ils doivent être vachement forts en régimes, tellement forts que eux, ils ont trouvé LA solution. À ce moment précis du livre, on est prêt à manger des écailles de poisson, à lécher la coquille des escargots ou à prendre une douche glacée (nan, quand même pas, faut pas pousser…). Le remède tant attendu est enfin dévoilé : il faut manger sainement et faire du sport. … ?? !! Quoi ??? Tout ça pour ça ??? J’ai payé 5 euros et des patates pour lire ce qu’il y a marqué en dessous de chaque pub pour des chips ? L’arnaque.
Le double effet kiss-cool de l’arnaque arrive ensuite : au-delà de cette considération pécuniaire, la fatalité me rattrape, il n’y a pas de solution miracle pour mincir. Finalement, pour perdre 5kg, j’aurai presque préféré manger des écailles de poisson.
Passé ce suspense insoutenable, le reste du livre est très redondant. C’est même un exploit d’arriver à dire la même chose autant de fois sans avoir l’air de se répéter. De la belle marquise pendant 200 pages, agrémentées de tableaux instructifs (et encore). On y apprend, en gros, qu’il vaut mieux se caler avec une pomme plutôt qu’avec un sandwich camembert-saucisson arrosé de coca tiède. On y apprend aussi qu’on dépense plus de calories en faisant 30 minutes de dos crawlé qu’en regardant la télé pendant 3 heures. Ha bah merci madame Marie Belouze-Storm, heureusement que vous êtes là parce que sinon j’aurai continuer de penser qu’un paquet de chips est une des fameuses 5 portions de fruits et légumes à consommer chaque jour. Vraiment, merci.
Bon, j’arrête de faire la mauvaise ma mauvaise langue, on apprend aussi des choses intéressantes sur les vitamines (où on les trouve, à quoi elles servent dans l’organisme…), sur les sports peu fatigants mais dépensiers en calories, sur les aliments « faux amis » (dans la famille des légumes, l’avocat est un sale traître plein de gras)… Bref, c’est à mi-chemin entre la culture générale et les bases de l’alimentation. Donc si vous avez des carences dans ces domaines, ce petit livre pourra être votre livre de chevet (dans la cuisine) car il dispense de bons conseils. Sinon, achetez un magazine féminin : vous y trouverez les mêmes choses en plus rigolo.
Bonne lecture (de ça ou d’autre chose hein…) et bons repas sains !
Résumé (officiel) du livre
L'aiguille de la balance monte par pure malveillance ? La fermeture Eclair de votre jean ne veut plus fermer ? Vous ne rentrez plus dans votre maillot de bain de l'été dernier ? Si vous attendez la pilule miracle pour pouvoir mettre à nouveau votre petite robe moulante juste comme il faut, vous risquez de l'attendre longtemps... Mieux vaut s'attaquer au problème, et vite ! La situation est sérieuse mais pas désespérée ! Ce livre bourré de conseils pratiques et de solutions vous explique comment maigrir sans effort. II ne s'agit pas de faire un énième régime ni d'avoir une volonté de fer. Un poil de bon sens, un brin de connaissance et un soupçon de bonne volonté vous feront choisir ce que vous mangez avec discernement et maigrir sans être au régime. Vivre enfin libérée de l'engrenage infernal des kilos yoyo, avouez que c'est tentant, non ?
05 juin 2008
Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire

Ayant fini hier ce livre étonnant et attachant, je ne pouvais publier un nouveau billet sans aborder ce sujet. L'histoire est prenante dès les premières pages, et l'intérêt ne baisse pas au fil du récit. Voilà donc mes impressions sur ce livre que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire et qui vous fera à coup sûr passer un bon moment.
Ram Mohammad Thomas est un jeune Indien de 18 ans. Il vient de participer au jeu télévisé « Qui veut gagner un milliard de roupies »… et il vient de gagner un milliard de roupies. Mais pour les producteurs du jeu et pour la police, ce petit serveur qui vit dans un chawl (sorte de bidonville à l’indienne) ne peut pas avoir trouvé seul toutes les réponses à ces questions de culture générale très poussées. S’il a triché, ils n’auront pas à payer. Il a donc forcément triché et ils veulent découvrir comment il s’y est pris. Les producteurs n’avaient pas du tout prévu que quelqu’un gagnerait et cette situation les met dans une position très embarrassante. Ils DOIVENT donc trouver les preuves, et s’il n’y en a pas, les fabriquer pour ne pas payer.
Après un interrogatoire qui ne respecte pas du tout la convention de Genève, une femme intervient en faveur de Ram et se présente comme son avocate. Elle le sort du poste de police et lui explique le deal : elle est prête à le défendre, mais il va falloir qu’il joue franc jeu avec elle, qu’il lui raconte sa vie dans les moindres détails pour qu’elle puisse comprendre comment un petit serveur qui vit dans un chawl a su répondre aux 12 questions du présentateur télé. Ram ne sait pas s’il peut faire confiance à cette inconnue : c’est peut être un coup monté des producteurs véreux ? ou des policiers avides de whisky Black Barrel ? ou d’un ennemi qu’il ne connaît pas encore ? Il s’en remet au destin et à sa pièce porte-bonheur: face il dit tout, pile il s’enfuit en courant. Il lance… et l’histoire commence.
Le récit de sa vie s’articule autour des 12 questions du jeu. La vie en Inde qu’il nous présente est loin des clichés touristiques, nous sommes dans la vraie Inde, sans fard. Les personnes hauts en couleurs que Ram rencontre le forment et le forgent, on découvre à travers eux toutes les couches sociales de ce pays : son ami et enfant des rues Salim, Neelima Kumari la richissime star de Bollywood, les expatriés australiens, les prêtres anglais… Tous croisent ou recroisent la vie de Ram et tous lui apportent quelque chose, de l’angoisse ou de l’ambition, un peu d’argent ou beaucoup de rêve.
Ce qui est étrange, c’est que le récit fait un constat dur mais reste léger et très agréable à lire. En gardant son innocence et ses yeux d’enfants, le personnage apporte un souffle de fraîcheur dans les situations les plus complexes. Il voit les vols, les excès de whisky, les descentes de police, les violences faites aux femmes, aux enfants, la pauvreté et les bassesses qu’elle entraîne… et malgré tout ça, le récit reste frais, gai et léger, ne sombre jamais dans l’apitoiement. Un vrai tour de force !
Certes, le livre ne donne pas forcément envie de prendre illico un billet Paris-Mumbaï, mais il fait voyager dans l’Inde colorée et vivante qu’on ne voit pas dans les reportages télé.
Très agréable et très facile à lire, le lecteur ne subit ni longueurs, ni effets de styles inappropriés. L’écriture est franche, directe et sert ce roman très bien construit que je vous conseille vivement.
07 février 2008
Benjamin Biolay – Trash Yéyé
Il a la moue boudeuse, le sourire rare et ses pochettes d’album entretiennent cette impression de « chanteur dépressif ». Mais ne vous arrêtez pas à ça. Il faudrait des mots spéciaux pour le décrire. Les plus beaux, les plus tristes, les plus doux. Le très charismatique Benjamin Biolay est beaucoup plus qu’un chanteur.
Pour faire les choses dans les formes, commençons par un bref cv, non exhaustif, loin s’en faut. Benjamin est auteur compositeur et interprète. Cela impose déjà une certaine distance avec tous les pousseurs de chansonnette, semés un peu partout par les majors et les émissions de télé réalité. Au pays des herbes folles, il est le ténébreux chardon.
De nombreux artistes bénéficient de ses talents de compositeur. C’est à lui qu’on doit le retour flamboyant d’Henri Salvador, le sauvetage médiatique d’Elodie Frégé… Mais même sous la lumière éblouissante des projecteurs, il reste un homme d’ombre. C’est sur qu’il y a plus gai, c’est sur qu’il y a plus souriant, c’est sur qu’il y a plus dansant. Benjamin Biolay, c’est pourtant plus que de la mélancolie. C’est le manteau neigeux sur un paysage d’hiver, il sublime le morose, le sombre, le noir d’encre. C’est une nuit d’été pluvieuse, c’est la beauté triste et la souffrance idéalisée. Paroles trash, musiques douces, Benjamin Biolay est un oxymore. La pureté des mélodies s’entrechoque avec des mots ciselés, aiguisés, taillés pour aller droit au but. Plus inspiré par « les turpitudes et les tourments amoureux » que par l’amour qui roucoule, son album décrit différents déboires sentimentaux. Les mots froids et durs se marient à différents paysages sonores. Des voix cristallines forment les chœurs angéliques d’un enfer interne. Dans une chanson, le remixage de « don’t worry be happy » prend une tournure toute particulière. La voix grave, suave, sensuelle rajoute charme et profondeur à un ensemble déjà extraordinaire.
Si ses interventions dans des médias sont (trop) rares, elles n’en sont que plus un pur régal. On découvre alors que l’homme est drôle. Un humour pince sans rire, bien placé, bien envoyé, bien rythmé. Benjamin Biolay est comme toutes les bonnes choses : rares mais délicieuses. Malgré le succès grandissant, il reste très intimidé par cette sphère qui peut être dévastatrice. Il réprime presque ses sourires, d’autant plus marquants qu’ils affleurent bel et bien sous la fine couche de glace. Regardant souvent par en dessous, il est encore plus saisissant quand il lève le regard, mêlant l’arrogance, l’ assurance… et leurs contraires.
Avec Gainsbourg, la comparaison est presque trop facile : une cigarette comme meilleure compagne, une femme superbe (Chiara Mastroianni) et le personnage de dandy décalé. Mais l’enfermer dans un personnage, ce n’est pas lui, c’est encore trop réducteur.
Insoumis, son engagement politique est discret mais bien présent. Son cœur porte à gauche, mais s’il devait entrer dans ce monde, ce serait en ayant les poches bien remplies préalablement, pour éloigner les sirènes de la corruption. Il déclare n’être pas totalement contre le téléchargement illégal, les majors empochant 90% du butin sans être capable de protéger son travail. Vu de cette façon, on a envie de télécharger son album pour lui envoyer directement le chèque.
Exigeant dans son travail autant que pour lui-même, il cherche « juste » à être meilleur, à l’heure où la plupart des individus veulent être LE meilleur. Il décline même l’invitation de la Star Academy à participer au jury, préférant son intégrité à un gros chèque et à la médiatisation à grande échelle.
S’il n’est pas un personnage solaire dans le sens commun du terme, il n’en est pas moins une personne autour de laquelle beaucoup de monde gravite, vibrionnant dans sa lumière noire. Talentueux, passionné et mystérieux, Benjamin Biolay est un personnage complexe. S'il rêve d'être John Lennon, le Beatles mort, moi je rêve de le rencontrer.
Dans cet album, le ténébreux chanteur du désenchantement exprime sans anicroches un spleen fait de désillusions, de déceptions et autres sentiments de tristesse magnifiés.
Benjamin Biolay : guitares, claviers, piano sur tous les titres, clavecin, basse et sifflet, trombone et bugle, programmation, arrangements et directions de cordes de tous les titres.
www.benjaminbiolay.com
http://www.myspace.com/benjaminbiolay
08 décembre 2007
No et moi ... et moi
Lou Bertignac a 13 ans, elle est en 2nde, c'est une "intellectuellement précoce". Elle est timide, réservée et ses deux ans d'avance lui posent bien des problèmes: ses camarades de classes ont de la poitrine, pas elle. Comme si l'adolescence n'était pas déjà assez dure comme ça. Alors elle se retranche dans toutes sortes d'expériences, de comparaisons (comparatif d'absorption entre différentes marques d'éponges...). Elle lit une encyclopédie comme ses camarades lisent un "jeune et jolie".
Il y a aussi ce garçon dans sa classe, Lucas, le beau rebelle qu'elle aime en secret. Il a 2 ans de retard, elle a 2 ans d'avance, il est grand, elle est toute petite, il répond aux professeurs, les professeurs lui demandent de répondre. Ils sont complètement l'inverse l'un de l'autre, et c'est pour ça qu'elle l'aime.
A la maison, sa mère est en dépression depuis de nombreuses années, et son père essaie tant bien que mal de faire bonne figure. Elle aimerait que sa mère la prenne dans les bras, comme avant, qu'elles rigolent toutes les deux en regardant des niaiseries à la télé. Mais sa mère ne passe plus sa main dans les cheveux de Lou, et Lou est malheureuse.
Et puis elle rencontre No. No, c'est une jeune fille de 18 ans qui est SDF. Elle vit dans la rue, et ça, Lou a du mal à le comprendre. Cette jeune fille aux grands yeux pleins d'appels au secours intrigue Lou. Au début, c'est juste qu'elle aimerait bien comprendre, savoir comment on en arrive là. Au début, c'est presque comme une de ses expériences habituelles. Et puis Lou s'attache à No, elle l'obsède même. Elles se voient régulièrement autour d'un café ou d'une vodka et à la fin du verre, Lou est la seule à rentrer chez elle. Depuis qu'elle a rencontré No, Lou ne dort plus pareil , elle ne mange plus pareil, elle ne rentre plus chez elle de la même façon. Ce qui semblait naturel prend une autre tournure, plus dûre, plus glauque, plus réaliste.
Au début, No fuit cette petite ado en manque de sensations. Elle est dans la merde, ok, mais s'y est habituée et maintenant, elle sait faire avec. Elle n'a surtout pas envie que quelqu'un vienne lui donner de l'espoir. Elle a appris à vivre sans. Pour elle aussi c'est un choc de rencontrer Lou. La petite fille gentille, intelligente, bien élevée, avec les ongles propres et des vêtements sans trous, qui a des parents derrière elle pour lui assurer un avenir prometteur...
La règle des opposés qui s'attirent s'applique une fois encore et les deux jeunes filles vont s'apprivoiser l'une l'autre. Voici un extrait du livre, qui est lui-même repris du Petit Prince "Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à 100.000 petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à 100.000 renards. Mais si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde ... Si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. "
Lou embarque tout le monde, lecteur compris, dans un élan de réalisme sur les différentes vies qu'on peut croiser, sur le manque de chance, sur le sort qui s'acharne sur certains et qui en privilégie d'autres. Avec beaucoup de tendresse, de force et de courage, elle décide de braver le cours des choses, de réécrire ce qui semblait déjà tracé, de bousculer les habitudes ancrées.
Mon avis:
Ce roman est parfois frais, parfois dérangeant, toujours agréable à lire. La situation des sans-abris vue à travers les yeux d'une toute jeune ado ne peut que nous rappeler nos propres questions et notre propres sentiments d'injustice éprouvés à cet age.
J'ai trouvé ce livre intéressant, agréable, bien écrit, bien senti. Malgré tout, je pense qu'il ne m'en restera pas un souvenir impérissable.








