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Lou Bertignac a 13 ans, elle est en 2nde, c'est une "intellectuellement précoce". Elle est timide, réservée et ses deux ans d'avance lui posent bien des problèmes: ses camarades de classes ont de la poitrine, pas elle. Comme si l'adolescence n'était pas déjà assez dure comme ça. Alors elle se retranche dans toutes sortes d'expériences, de comparaisons (comparatif d'absorption entre différentes marques d'éponges...). Elle lit une encyclopédie comme ses camarades lisent un "jeune et jolie".
Il y a aussi ce garçon dans sa classe, Lucas, le beau rebelle qu'elle aime en secret. Il a 2 ans de retard, elle a 2 ans d'avance, il est grand, elle est toute petite, il répond aux professeurs, les professeurs lui demandent de répondre. Ils sont complètement l'inverse l'un de l'autre, et c'est pour ça qu'elle l'aime.
A la maison, sa mère est en dépression depuis de nombreuses années, et son père essaie tant bien que mal de faire bonne figure. Elle aimerait que sa mère la prenne dans les bras, comme avant, qu'elles rigolent toutes les deux en regardant des niaiseries à la télé. Mais sa mère ne passe plus sa main dans les cheveux de Lou, et Lou est malheureuse.
Et puis elle rencontre No. No, c'est une jeune fille de 18 ans qui est SDF. Elle vit dans la rue, et ça, Lou a du mal à le comprendre. Cette jeune fille aux grands yeux pleins d'appels au secours intrigue Lou. Au début, c'est juste qu'elle aimerait bien comprendre, savoir comment on en arrive là. Au début, c'est presque comme une de ses expériences habituelles. Et puis Lou s'attache à No, elle l'obsède même. Elles se voient régulièrement autour d'un café ou d'une vodka et à la fin du verre, Lou est la seule à rentrer chez elle.
Depuis qu'elle a rencontré No, Lou ne dort plus pareil , elle ne mange plus pareil, elle ne rentre plus chez elle de la même façon. Ce qui semblait naturel prend une autre tournure, plus dûre, plus glauque, plus réaliste.

Au début, No fuit cette petite ado en manque de sensations. Elle est dans la merde, ok, mais s'y est habituée et maintenant, elle sait faire avec. Elle n'a surtout pas envie que quelqu'un vienne lui donner de l'espoir. Elle a appris à vivre sans. Pour elle aussi c'est un choc de rencontrer Lou. La petite fille gentille, intelligente, bien élevée, avec les ongles propres et des vêtements sans trous, qui a des parents derrière elle pour lui assurer un avenir prometteur...

La règle des opposés qui s'attirent s'applique une fois encore et les deux jeunes filles vont s'apprivoiser l'une l'autre. Voici un extrait du livre, qui est lui-même repris du Petit Prince "Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à 100.000 petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à 100.000 renards. Mais si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde ... Si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. "   

Lou embarque tout le monde, lecteur compris, dans un élan de réalisme sur les différentes vies qu'on peut croiser, sur le manque de chance, sur le sort qui s'acharne sur certains et qui en privilégie d'autres. Avec beaucoup de tendresse, de force et de courage, elle décide de braver le cours des choses, de réécrire ce qui semblait déjà tracé, de bousculer les habitudes ancrées.

Mon avis:

Ce roman est parfois frais, parfois dérangeant, toujours agréable à lire. La situation des sans-abris vue à travers les yeux d'une toute jeune ado ne peut que nous rappeler nos propres questions et notre propres sentiments d'injustice éprouvés à cet age.

J'ai trouvé ce livre intéressant, agréable, bien écrit, bien senti. Malgré tout, je pense qu'il ne m'en restera pas un souvenir impérissable.